Thème – Cinéma

Sont–ils uniquement des militaires téméraires  ces héros qui  regardent la mort en face sans baisser les yeux ? Portent-ils tous des armes comme on le supposerait ? Apparemment ce n’est pas toujours le cas,  puisque Desmond Doss n’avait  jamais tenu une arme de sa vie. Infirmier militaire volontaire de l’armée américaine, ce jeune homme, pacifiste à outrance, nous prouva le contraire . Son histoire est  magnifiquement relatée dans  «  Hacksaw ridge ». Tourné avec un réalisme effarant comme le sont les films réalisés par Mel Gibson qui ne lésine pas à son habitude  sur le Ketchup, le  film nous démontre que le courage n’a pas de limites.  

L’action qu’entreprit Desmond Doss lui valut la plus haute décoration américaine jamais octroyée à un objecteur de conscience. Uniquement muni de son barda de sauveteur, armé  de ses seringues de morphine, ses sacs de plasma,  sans fusil  , un casque ridicule juché sur le crâne ,  ce petit bonhomme,   sauva à lui seul , en une nuit , face à des centaines de soldats  japonais déchainés, dans un champs de bataille dévasté par les bombes,   75 de ses compagnons considérés comme étant morts . Oui , vous avez bien lu , soixante-quinze, soignés à-la-va-vite , sous la mitraille, puis transportés sur les épaules ou même trainés laa même le sol, puis attachés à un cordage pour être balancés par-dessus une falaise haute comme un gratte-ciel. Un ridge comme l’indique le nom du film . 

 

Cet acte de bravoure sans égal se passa  durant  la prise  d’Okinawa durant la guerre du Pacifique. S’il fit preuve d’un courage hors commun, le private Doss était aussi tenace : ayant refusé de porter les armes tout en étant décidé  à défendre son pays Il avait refusé de quitter l’armée face à une persécution sans limite de la part des autorités vis-à-vis des objecteurs de conscience considérés comme étant des lâches. Son capitaine, qui l’avait harcelé sans relâche auparavant dans le but de  le dégouter du service militaire  lui avoua sans ambages qu’il était l’homme le plus courageux du monde. 

Et puis comment ne pas évoquer ces mères dévouées, qui sans relâche peinent pour faire tourner leur famille  souvent face aux  problèmes  insurmontables que subissent les couples quand  l’emploi se fait rare et les revenus inexistants. Ces mamans qui mitonnent une soupe magnifique avec une cuisse de poulet, deux patates et une gousse d’ail. Mon genre de femmes ! 

Qui peut oublier ces  handicapés, dont les membres furent hachés par un accident ou victimes d’une maladie mais qui surmontent leurs infirmités uniquement à force de détermination mentale   pour monter par la suite sur des podiums et tenir haut la main leur trophée?! Impossible !  Respect et honneur. 

Que dire alors de  Srinivasa Ramanuja, un grand  bougre qui du fin fond de l’Inde éclaboussa de son  intelligence les meilleurs mathématiciens de l’Angleterre coloniale . Une histoire  superbement  illustrée au cinéma,  avec le concours de Jeremy Irons, qui incarne le personnage de Godfrey Harold, mentor et allié de Ramanuja face aux objections des professeurs de Cambridge à l’ego démesuré. Avec Ramanuja deux et deux ne font pas quatre, ils font l’infini et retour. 

  Srinivasa Ramanujan

Toujours dans les mathématiques et non loin des persécutions sociales, homophobes cette fois dans le cas précis d’Alan Turing, créateur incontesté de l’ordinateur qui fut harcelé par une loi odieuse qui directement ou indirectement mit fin à sa vie après l’avoir démolie. Ce n’est que quelques  décennies plus tard  que l’Angleterre officielle admît  que ce mathématicien hors pair avait énormément et sans mesure contribué à la victoire des alliés  contre les Nazis. Remarquablement  joué par Benedict Cumberbatch, grand succès commercial  et comportant de  belles scènes,  The Imitation Game, le film rend justice à  l’acharnement et la ténacité sans commun de cet homme pour son travail malgré les embuches qui entravèrent son parcours. 

 

 

 

Croyez-vous que Napoléon Bonaparte, maitre de l’Europe en était  arrivé là à coup de piston ? Si l’Empereur des Français est surtout connu pour son génie militaire et politique, l’histoire a tendance à oublier les humiliations et les brimades  subies durant sa jeunesse. Furent-elles  causées  par la méchanceté de ses camarades qui se moquaient de sa mauvaise maitrise du Français et son accent  forcément corse et désastreux, ou à cause de sa petite taille n’est pas important. Bonaparte souffrit et lutta pour obtenir son trône, écrire en lettres d’or l’histoire de France et se faite enterrer par la suite dans un tombeau , un des  plus beaux du monde : Les Invalides. 

 Archives JMK   

Et plus récemment, comment ignorer JK Rowlings devenue milliardaire grâce au succès littéraire et cinématographique  fulgurant du petit magicien futé qu’elle créa de sa propre imagination sans égal. Installée dans un café devant sa machine à écrire comme unique outil, à peine capable de payer ses consommations,  elle rêvait  de succès tout en pianotant son roman page après page avec une détermination propre aux grands écrivains. Mais la réalité, les débuts, furent  humiliants : les maisons d’ édition lui refusèrent  l’ une après l’ autre son Harry Potter.   Disposant de très peu de moyens et de son aveu,  l'écrivain leur demandait de lui renvoyer son livre imprimé en cas de réponse négative, afin de ne pas avoir à payer une nouvelle impression , et s’il vous plait, dans sa chemise. 

« Je tenais beaucoup à cette chemise, parce que je n'avais quasiment pas d'argent pour en racheter une », répondît-elle avec humilité à un  journaliste curieux de savoir  pourquoi tenait-elle tellement à cette vulgaire chemise en carton  qui emprisonnait en fait  un trésor fait de papiers, d’encre et de génie intangible . 

       

 Et Meryl Streep , qui ne la connait pas ?  Cette seule phrase suffit à montrer de quel bois  se chauffe cette artiste à l’immense talent :

«Je rentrais chez moi après une audition pour King Kong à laquelle on m'avait dit que j'étais trop “moche” pour l'avoir. Ça a été un moment décisif pour moi. Cette opinion sans scrupules aurait pu, soit, m'éloigner de mon rêve, celui de devenir actrice, soit, me forcer à me prendre en main, et m'obliger à croire en moi. J'ai inspiré profondément et j'ai dit “ Je suis désolée que vous pensiez que je suis trop moche pour votre film, mais vous ne représentez qu'une seule opinion dans un océan, je vais aller me trouver une marée plus clémente. Aujourd'hui  j'ai 18 Academy Awards. ».

  

Même si nous ne parlons pas uniquement de génie ici, citer Thomas Edison et sa phrase si célèbre  serait un affront à ce monsieur qui sut si bien résumer la clé du succès en quelques mots : “ Le génie est fait de deux pour cent d'inspiration et de quatre-vingt-dix-huit pour cent de transpiration. ".

 

Jean-Marie Kassab

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