Ibrahim Tabet

-Nationalités libanaise et française.
-Diplômé d’ HEC en 1967.
-Licencié en histoire de la Sorbonne.
-Ancien élève du Collège N.D. de Jamhour (Liban) et de l’école des Roches (Verneuil, France).
-A effectué l’essentiel de sa carrière dans le domaine des médias et de la communication publicitaire au Liban et en France, notamment comme fondateur de l’agence de publicité « Stratégies » ayant des bureaux à Beyrouth et à Paris.
-Président de la délégation libanaise de la «Renaissance Française», une Institution fondée en 1901 ayant pour mission de participer au rayonnement de la langue française, de la culture française et francophone, et des valeurs de la francophonie dans le monde.
-Membre du conseil de la section libanaise de l’Association : « Transparence International ».
-Ancien président de l’Association des Publicitaires francophones.
-Ancien président de l’Association des anciens étudiants d’HEC au Liban.
-Ecrit régulièrement des articles politiques dans la presse libanaise d’expression française
-A écrit des articles dans la revue française : « Actualité de l’Histoire »
-Auteur de cinq ouvrages :
Empires et Empereurs Européens », éditions Darnétalaises, Darnétal, 2004
Histoire de la Turquie de l’Altaï à l’Europe », éditions de l’Archipel, Paris, 2007
La France au Liban et au Proche-Orient » éditions de la Revue Phénicienne, Beyrouth, 2012, (prix « Renaissance Française » 2012)
La vie a plein temps », une biographie de Bernard Fattal, éditions de la Revue Phénicienne, Beyrouth, 2014
Le Monothéisme le Pouvoir et la Guerre, éditions l’Harmattan, Paris, 2015 (prix France-Liban 2015 de l’ADELF - Association des Ecrivains de Langue Française).
-Chevalier de l’Ordre National du Mérite (France).

 

 

 Après la victoire d’El Alamein, qui a marquée  le début du retournement  de la  fortune des armes lors de la Deuxième guerre  mondiale, Winston Churchill  a déclaré : "Now this is not the end. It is not even the beginning of the end. But it is, perhaps, the end of the beginning." La même remarque pourrait être faite à propos de la libération d’Alep. Malgré cette victoire contre les jihadistes, le conflit  en Syrie, qui s’est rapidement transformé en guerre par procuration,  risque  en effet de durer encore longtemps. Bien que ses protagonistes locaux, y compris le régime,  soient tributaires de leurs soutiens étrangers,  et  malgré la volonté russe d’œuvrer en vue d’une solution politique, il est douteux que Bachar el Assad ne veuille pas en finir avec la région d’Idlib  et  reconquérir Palmyre.  Et l’Etat islamique reste aussi menaçant.  Même si les  différents groupes terroristes, y compris Daech,  venaient à être définitivement vaincus militairement, cela ne signera pas  pour autant la fin de l’idéologie islamiste radicale.  Sa défaite sur le terrain pourrait au contraire mener à une recrudescence du terrorisme transnational comme le montrent les attentats en Jordanie et à  Berlin.  Il en est de même du clivage séculaire sunnito-chiite et sunnito-alaouite  que la rancœur des sunnites à  la suite de ce nouveau revers ne peut qu’approfondir.  Le sort de la Syrie est incertain. Sera-t-elle réunifiée, transformée en  lâche fédération,  ou restera- t-elle morcelée,  avec un gouvernement central ne contrôlant, tant bien que mal, que la « Syrie utile » ?  Quelle sera la composition  de ce gouvernement en l’absence d’une « opposition  modérée » ayant une quelconque influence sur le terrain et capable de faire accepter un compromis aux milices  combattant le régime ?  Combien de temps  Bachar el  Assad restera-t-il   au pouvoir ? Et tant qu’il  s’y maintiendra sera-t-il reconnu par l’Occident et les monarchies pétrolières, malgré les crimes de guerre commis par le régime ?  Accepteront-ils  de financer la reconstruction de la Syrie sans un   changement assurant une transition politique effective ? Autre question importante : quelles seront les  conséquences démographiques de la guerre ? D’une part en Syrie, avec  les déplacements de population prenant  parfois le caractère d’épuration ethnico-confessionnelle ; et d’autre part au Liban avec  la présence d’un million et demi de réfugiés syriens majoritairement sunnites sur son sol,  dont la plupart ne retourneront probablement jamais dans leur pays. Non seulement car ils n’en n’ont nul envie,  mais par ce qu’il est douteux que les conditions matérielles et politiques ne le permettent.  Tant qu’Assad restera au pouvoir il ne sera en effet pas enclin à favoriser leur retour et risque de les utiliser comme carte de pression sur le gouvernement libanais.  

Sur un autre plan, l’Occident  tirera t-il  la leçon  de son échec à  renverser le régime syrien  en finançant et en armant les islamistes,  malgré les conséquences désastreuses de ses  interventions  en Iraq et en Libye ? Mettra-t-il  fin à  sa politique d’ostracisme de la Russie et à  la diabolisation de Vladimir Poutine comme le préconise François Fillon ? Assistera-t-on à  un package deal américano-russe après  la prise de fonction de Donald Trump, comme le laissent entendre les propos  de ce dernier ? Cela, malgré les récentes déclarations d’intention de Washington et de Moscou de renforcer leurs arsenaux nucléaires respectifs. Ce qui est certain en tout cas,  c’est que  le déséquilibre écrasant de puissance entre la Russie et les Etats-Unis en faveur de ces deniers n’a pas empêché  Vladimir Poutine  de rétablir l’influence de son pays au Moyen-Orient  au détriment de celle de l’Occident. Celle-ci  s’exerce  presque sans partage sur la Syrie, où  Moscou doit quant même composer avec  les intérêts  de la Turquie et de l’Iran, deux puissances  sans lesquelles un règlement du conflit est impossible.   Y disposant  de bases militaires,  elle en contrôle  la façade méditerranéenne, potentiellement riche en hydrocarbures ;  situation dont le Qatar a  pris acte   en signant un important accord avec Moscou pouvant déboucher à terme  sur l’acheminement de son gaz  à  travers un gazoduc débouchant sur la cote syrienne (alors que cette question était l’une des raisons du déclenchement de la guerre !).  Mais la manifestation la plus spectaculaire de l’influence  grandissante de la Russie  et la volte face d’une Turquie, affaiblie par ses difficultés  internes et le spectre de la création d’une entité kurde en Syrie, et  qui  s’est engagée dans une coopération militaire implicite et surtout économique accrue avec la Russie. L’autre gagnant de la guerre en Syrie, qui en fait un allié de circonstance de la Russie,  est l’Iran.  Mais  cela ne peut que renforcer l’hostilité  des pays du Golfe, particulièrement l’Arabie Saoudite enlisée au Yemen,  envers la République islamique dont les coreligionnaires  chiites sont en passe de reconquérir la ville sunnite de Mossoul.  Surtout,  l’intention déclarée de Donald Trump  de remettre en question l’accord sur le nucléaire signé avec Téhéran risque à  nouveau de brouiller les cartes, non seulement en Syrie, mais dans toute la région,  y compris au Liban  du fait de l’influence qu’y exerce l’Iran à   travers le Hezbollah. 

Ibrahim Tabet  

 

 

 

 

 

De l’Antiquité à l’époque de Philippe II,  le monde méditerranéen a longtemps occupé une place centrale dans l’histoire de l’humanité. « Espace de  conflit, espace de  rêve », selon le titre d’un ouvrage de Georges Corm,  la Méditerranée fut à la fois le berceau de grandes civilisations et des trois monothéismes. De tout temps, elle a été un environnement propice à l’épanouissement des hommes ainsi qu’au développement de  la pensée, des arts, de la littérature et des sciences. De la philosophie grecque à la Renaissance italienne en passant par le droit romain elle a vu la naissance de concepts qui ont forgé notre vision du monde. Mais aussi de nombreux affrontements de puissances visant à y défendre leurs intérêts ou à y étendre leur domination ou leur religion. Aujourd’hui elle  est de nouveau   le théâtre  d’un  clivage profond  entre sa  rive nord et ses  rives sud et est. Alors que les riverains  de la « mare nostrum »  romaine faisaient partie d’une même civilisation, l’actualité semble malheureusement donner raison à la prophétie auto réalisatrice du choc des civilisations. Les Européens la voient surtout comme une voie de passage de flux migratoires indésirables,  voire de terroristes  menaçant sa  culture, ses valeurs  et sa sécurité.  Tandis que la montée de  l’islamisme radical  se traduit par un regain d’anti occidentalisme.  L’islamophobie et la haine des  jihadistes envers les « croisés et les juifs » se nourrissent mutuellement. Et la dérive antidémocratique de la Turquie ainsi que sa réislamisation condamnent définitivement son adhésion à l’Union européenne. 

Les  forums de dialogue interreligieux  et les initiatives visant à combler ce fossé d’incompréhension et à promouvoir la coopération entre pays riverains de Méditerranées, qu’elles soient de  nature  culturelle,  politique, ou économique,  n’ont pas manqué, quoique sans grand effet. Les principales initiatives furent le processus de Barcelone engagé en 1995 et le projet mort-né d’Union pour la Méditerranée, lancé en 2008 par Nicolas Sarkozy et définitivement enterré par le dévoiement du soi-disant  « printemps arabe ». Cela dit son échec est  également dû à d’autres causes. Dont le fait que les pays du nord et de l’est de l’Union Européenne qui y ont été associés sur l’insistance de l’Allemagne n’y voyaient pas le même intérêt que la France qui en avait pris l’initiative, l’Italie ou l’Espagne. Ce dont il faudra sans doute tenir compte à  l’avenir. Malgré la prise de conscience de toutes les parties prenantes de l’ampleur de la crise,  aucune tentative sérieuse de relance de la coopération méditerranéenne et euro-arabe n’a été engagée depuis les « printemps arabes ». La responsabilité de réduire les foyers de tensions et d’affrontements pour assurer la stabilité et la sécurité dans l’espace méditerranéen et euro-arabe appartient certes d’abords aux Etats. Mais sans implication de la société civile, les politiques décidées « par le haut » ne peuvent qu’avoir un effet limité. L’absence de dialogue et d’implication de la société civile fut d’ailleurs l’une des raisons des échecs du Processus de Barcelone et de l’Union pour la Méditerranée. 

Raison de plus pour laquelle la participation de la société civile à la réflexion et aux efforts en faveur du dialogue des cultures est plus que jamais nécessaire. Il nous faut d'abord nous interroger sur cette belle formule du « vivre-ensemble ». Qu'est-ce que vivre ensemble ? Est-ce vivre pacifiquement sur un même espace les uns à côté des autres ? Oui, mais cela ne suffit pas. On peut vivre ensemble et s'ignorer. Ce qu'il faut c'est vivre avec les autres et surtout agir ensemble. Agir ensemble dans ce  monde méditerranéen, C'est à dire dans cet ensemble de territoires imprégnés par la culture méditerranéenne constituée des apports phéniciens, grecques, romains, arabes, chrétiens et musulmans et de bien d'autres. Pour pouvoir agir ensemble il est nécessaire d'avoir à l'esprit ce socle commun. Aujourd'hui Il nous faut faire prendre conscience aux peuples de Méditerranée de ce passé extraordinaire, mettre en évidence ce que nous avons été capables de faire ensemble et démontrer que sur ces bases nous pouvons et devons reconstruire.

 

Ibrahim Tabet

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