Nicolas Nasica

Diplômé à la fois en Histoire, en management et en informatique, son cursus universitaire aurait pu le mener en bien des endroits, mais c'est dans le négoce international que Nicolas Nasica va passer près de deux décennies. Arrivé au bout de ce que le commerce pouvait lui offrir, il s'est alors recentré sur sa passion de toujours, l'écriture. Ayant écrit et adapté pour le théâtre, il livre aujourd'hui des romans dans la pure tradition des page-turners. Des romans nerveux que l'on lit comme on regarde un film d'action. Des romans qui exaltent le côté sombre qui réside au plus profond de chacun d'entre nous et que nos vies durant, nous réfrénons.

Un ministère de la Culture est par essence une atteinte à la Culture et à l’Art.

Alors qu’il devrait la servir, les nombreux exemples que nous remémore l’Histoire, ne sont que des preuves à charge de tout le mal qu’un tel ministère peut faire à l’Art.

Nos exemples français ne sont qu’une longue litanie aussi consternante qu’assassine. Il est cependant vrai que chaque homme étant pétri d’humanité, il en est par le fait rempli de faiblesses tantôt coupables tantôt innocentes.

Rentrons donc dans le vif du sujet et analysons froidement, les fondements mêmes de cette atteinte à l’Art. Que ce soit consciemment ou inconsciemment, un ministre de la Culture finit toujours par avoir vocation à encadrer la culture. Il ne peut s’empêcher de donner les directions à suivre. C’est humain. Ces directions allant forcément dans le sens gustatif du ministre, les subventions vont bien évidemment dans ce même sens. Les grandes expositions, les petites aussi, tout ce que le ministère peut insuffler et décider, tout est dès lors inféodé au goût d’un petit nombre qui va favoriser une seule partie de l’Art.

Il reste alors l’autre partie. Concernant cette autre partie, de deux choses l’une, soit on fait ce qu’un artiste doit faire et c’est la raison de ce billet d’humeur, c’est à dire, aucun compromis, soit on ne se sent pas de taille pour lutter et on intègre la bonne pensée, le bon Art, celui vers qui vont les subsides. Je ne condamne pas cela, bien au contraire. Se permettre de ne pas faire de compromis est bien plus aisé lorsque l’on n’a pas de problèmes financiers. Essayer de ne pas en faire lorsque l’on crève la dalle est une tout autre histoire ! Alors oui, bien sûr, je suis intimement convaincu que l’on ne doit pas faire de compromis dans son Art, mais je suis aussi convaincu que je ne penserais sûrement pas la même chose si je n’avais pas en poche de quoi me payer un quignon de pain pour ce soir.

Tout cela pour en arriver au fait que lorsque son Art ne correspond pas aux canons du Ministère, on peut soit s’entêter et continuer contre vents et marées, soit gagner le troupeau afin de survivre en ayant le secret espoir que son tour viendra et que le prochain ministre aura plus de goût.

Seulement la vérité n’est pas là. Elle n’est pas l’apanage d’un seul homme, fut-il ministre. Elle est la propriété du plus grand nombre. Or, lorsque le plus grand nombre est sevré de toute une partie de la vérité, les cartes sont faussées et le vrai Art est à jamais chassé de la cité, dans un désintérêt criminel. Fini donc l’artiste allant à la rencontre du public, fini les surprises, les étonnements, les folies. Place au formatage, à la pensée unique, celle qui nourrit ses suiveurs et qui stérilise autant le talent que l’audace.

Je ne prétends cependant pas avoir la science infuse sur le sujet. Je ne vous livre ici que mon sentiment. Un sentiment qui fait que je milite pour qu’un gouvernement puisse exister sans ministère de la Culture, durant un laps de temps suffisamment conséquent pour qu’on puisse en tirer des conclusions. Pour que du bouillon de culture où s’entrechoquent toutes les composantes de l’Art puisse émerger le vrai Art, celui qui part à la rencontre du public et qui lui donne des sensations, bonnes ou mauvaises, mais délivrées de toutes influences.

L’Art n’est pas la vérité du plus grand nombre, l’Art n’est que la vérité de l’émotion, quand bien même cette émotion ne touche qu’une seule personne.

Halte donc aux chemins tout faits et longues vies au foisonnement de toutes les composantes de l’Art sans contrainte ni influence.

Si vous partagez ce sentiment, de grâce, partagez et amorcez le mouvement.

Bonne semaine à tous,

Nicolas Nasica

Ce petit article fait suite à un papier que j'avais écrit il y a quelques semaines sur ce génie qu'est Roberto Benigni. Je m'y lamentais qu'après que les pionniers du cinéma aient quasiment tout défriché, il était aujourd'hui impossible de révéler un nouveau génie du cinéma. Je m'en plaignais évidemment à tort, car l'existence de Roberto Benigni est la preuve que des génies continueront à éclore dans les années et les décennies à venir malgré tous leurs illustres prédécesseurs.

J'étais cependant pessimiste et je le suis toujours sur la prédominance actuelle des effets spéciaux dans le cinéma. Des effets spéciaux qui sont la nouvelle frontière par delà laquelle résident encore quelques lopins à défricher. Des génies il y en aura bien entendu d'autres, mais sans doute moins et plus sûrement parmi des artistes qui maitriseront ces effets souvent inattendus. 

Il est vrai que mis à part dans cette discipline, les terres vierges sont aujourd'hui inexistantes et les possibilités de surprendre quasi réduites à néant. Aujourd'hui, on ne peut que regretter que les effets spéciaux soient l'épine dorsale sur laquelle la majeure partie des films se reposent. Tels ces anciens qui parlent du bon vieux temps, je me lamente sur la faiblesse des scénarios d'aujourd'hui. Je pleure la poésie du "Tigre et la neige", les sentiments de "The shop around the corner" et même l'aventure échevelée de "L'île sur le toit du monde". Lorsque je cherche à me souvenir des films qui m'ont surpris ces dernières années, je n'en trouve que très peu, mais rien au regard de la multitude de films sans histoire qui doivent tout à leurs effets spéciaux.

Revenir aux scénarios bien léchés, aux histoires réfléchies, aux mécaniques de précision qui nous trimballent dans tous les sens sans jamais pouvoir être prises en défaut, c'est ce que je nous souhaite pour les années qui viennent. Je regrette les comédies musicales d'antan, j'ai la nostalgie des comédies romantiques, j'aspire à des films sombres dépourvus d'effets spéciaux qui ne reposeraient que sur leurs scénarios.  Que sont devenus les auteurs d'"Usual suspect", de "Quand les Aigles attaquent", de "Quand Harry rencontre Sally", de "Signé Lassiter". N'ont-ils pas de successeurs ? N'y a-t-il plus de scénaristes dignes de ce nom à qui l'on pourrait confier la noble tâche d'inventer de nouvelles histoires ? Bien sûr, il leur sera difficile de trouver la postérité, mais il est peut-être temps de revenir aux fondamentaux qui ont fait la réussite du cinéma : l'imagination, les sentiments et le merveilleux.

 

Nous autres écrivains avons le devoir de nous recentrer dans cette direction et de prouver à l'industrie du cinéma que l'on peut encore attirer le public avec des histoires qui n'ont pas nécessairement besoin d'effets spéciaux. Je suis de ceux qui sont convaincus que les effets spéciaux ont sonné le glas temporaire des scénarios de qualité. J'ai l'intime conviction que le temps reviendra où l'histoire sera à nouveau le moteur principal d'un film. Je ne prône pas, loin s'en faut, l'abolition des effets spéciaux. Ils sont un élément intangible du cinéma moderne, mais il est temps qu'ils redeviennent ce qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être, un outil et rien d'autre.

 

Je vous souhaite de bonnes lectures avant que certains producteurs se décident enfin à racheter de vraies belles histoires qui feront à nouveau de vrais bons films.

 

Nicolas Nasica

Le weekend dernier,  j'étais en dédicace dans un salon. Les salons sont un formidable lieu de rencontres avec les lecteurs, et je ne me lasse pas d'échanger sur les attentes du public. Sur les raisons qui font qu'ils achètent encore des livres en cette pénible époque où les fins de mois sont difficiles, surtout les trente derniers jours, comme aimait à le dire Coluche. 

Des discussions, j'en ai donc eu quelques-unes,  sur tout un nombre de sujets divers et variés, mais celui qui m'a le plus passionné, c'est une discussion que j'ai eue avec deux autres auteurs. Deux personnes avec lesquelles je n'étais pas d'accord, sans que je puisse pour autant prétendre qui avait raison ou tort.

Le sujet de cette gentille controverse résidait dans la raison pour laquelle un auteur écrit. Bien évidemment et en préambule à toute démonstration, il est manifeste qu'il n'y a pas une vérité, mais autant de possibilités qu'il y a d'auteurs. Eux me soutenaient mordicus qu'ils écrivaient avant toute chose pour leur propre satisfaction, que ce qui leur importait dans l'écriture était le plaisir qu'ils en retiraient. Une sorte d'égoïsme littéraire qu'ils revendiquaient sans aucune honte et que le premier psychiatre passant par là aurait pu m’expliquer et me justifier sans aucune difficulté. À vrai dire, c'est un ressort que j'envisage et comprends tout à fait. Comme beaucoup, il s'agit d'ailleurs d'une des raisons pour lesquelles j'écris. Il est évident qu'à moins d'être masochiste, il est difficile d'envisager un auteur qui n'aimerait  pas écrire. 

D'ailleurs, à bien y réfléchir, comment pourrait-il en être autrement ? Comment pourrait-on se priver de prendre du plaisir à jouer avec les mots, à les faire sonner en rythme,  à en faire des phrases, à les articuler ensemble pour en faire des paragraphes qui s'organiseront en chapitres qui formeront enfin une histoire aussi cohérente que possible et surtout aussi passionnante que notre imagination pourra la créer.

Alors oui, comme eux, j'éprouve énormément de bonheur à écrire, mais j'en ressens beaucoup plus encore à recueillir le plaisir qu'ont eu mes lecteurs à pénétrer mon univers et à suivre les pérégrinations romanesques de mes héros. Le même psychiatre pourra également justifier les raisons qui font que j'écris avant toute chose pour donner du plaisir au lecteur, mais pour tout vous dire, ça m'est un peu égal. Savoir pourquoi ce ressort plutôt qu'un autre m'importe peu. Peut-être est-ce une philosophie de la vie, une éducation que j'ai reçue et qui m'oblige inconsciemment à me préoccuper du bienêtre  des personnes qui me tiennent à cœur avant le mien. Cela va évidemment bien au-delà de la simple écriture et me semble aussi naturel que le soleil qui se lève le matin. C'est ainsi et ça me suffit. 

Pour ce qui est de l'écriture, j'ai la chance qu'un bon nombre de mes lecteurs me contactent pour me faire remonter leur ressenti. Les impressions sont très favorables pour l'immense majorité. Bien entendu, la perfection n'étant pas de ce monde, je suis très à l'écoute du moindre détail qui pourra m'être remonté et je tâcherai toujours de m'améliorer grâce à ces échanges. À l'âge que j'ai aujourd'hui, je n'éprouve plus aucune amertume à récolter les critiques, je n'y aspire certes pas, mais je ne les fuis pas, car elles sont nécessaires à la progression de l'Art, si elles sont fondées et sans arrière-pensées. 

Les salons sont donc un merveilleux lieu de dialogue. Ils sont dans la teneur des échanges, différents des mails que je peux recevoir, car ils sont spontanés et beaucoup moins réfléchis. Les mots n'y sont pas pesés, ils sortent avec une brutalité parfois vivifiante, mais toujours constructive. Il n'y a jamais de méchanceté, tout au plus de la maladresse, ce qui arrive à tout un chacun.

J'écris donc pour mon plaisir, mais surtout pour le plaisir que j'éprouve à ressentir celui de mes lecteurs. Cela ne fait pas de moi un auteur meilleur ou  moins bon que les autres, mais ça peut éclairer certaines de mes lignes directrices d'écrivain. Cela peut justifier pourquoi j'écris des romans que j'aurais aimé trouver en librairie et pourquoi, même quand je relis certains de leurs passages bien plus tard, je prends le même plaisir que celui que j'ai eu à les écrire.

Contrairement à d'autres, mes écrits ne valent donc que parce qu'ils sont lus et c'est la raison pour laquelle j'accorde énormément d'importance à répondre à chacune des personnes qui prend le temps de m'écrire.

À très bientôt donc sur un salon ou au détour d'un mail. 

Bonne lecture à tous,

Nicolas Nasica

 

 

 

En ces temps torturés où l'on écrase les innocents sous les roues des poids lourds, nous devons continuer à vivre et nous raccrocher à la beauté de ce qui nous entoure pour l'affronter. En cette époque où la folie des hommes repousse chaque jour un peu plus l'insondable noirceur de l'âme de certains, nous devons nous réjouir qu'envers et contre tout, des hommes de bien ont pris le parti d'adoucir notre quotidien en réchauffant nos cœurs, des bienfaits de l'Art. Nous entendons tous, parfois, la critique que font certains esprits chagrins, voire obtus sur la futilité d'actes créateurs en un temps où les antibiotiques sont plus  nécessaires qu'une peinture ou un poème. Il n'empêche qu'en bien des cas, le moral est tout aussi important que la médecine. Les études sur la question sont ainsi assez claires et si le rire possède une vertu thérapeutique indéniable, un moral d'acier peut permettre à un patient de vaincre un cancer quand les seuls médicaments ne suffisent pas pour un autre qui a abdiqué.

 

L'idée qu'un artiste puisse créer en temps de guerre ou de misère peut choquer. Elle ne témoigne cependant que de l'optimisme intrinsèque qui réside en chacun d'entre nous. Un optimisme qui cède parfois la place au pessimisme lorsque les mauvaises expériences finissent par terrasser nos espoirs. Étant d'un naturel optimiste, j'aime ainsi à penser et je suis même convaincu que lorsque le malheur se répand sur nous telle une pluie torrentielle, il n'existe pas de meilleur parapluie que l'Art. 

 

Pour que tel soit le cas, il faut dès lors que l'Art se démocratise et qu'il touche le plus grand nombre. Rares sont cependant les arts à pouvoir y prétendre et si l'on excepte la musique, le cinéma est sans aucun doute l'un des plus grands vecteurs de bonheur que l'humanité possède à sa disposition. Il éclaire l'âme de l'ensemble des civilisations contemporaines et très peu de gens y sont insensibles. Contrairement à la télévision et à certains de ses programmes avilissants qui ont épuisé bien des patiences aux quatre coins du globe, le cinéma véhicule bien souvent des sentiments qui réchauffent les cœurs de chacune des générations qui constituent notre société.

 

Élevé au rang d'Art majeur et après plus de 120 années d'exercice, le cinéma s'est vu traversé depuis sa création par de purs génies. Des réalisateurs d'exception et des artistes touchés par la  grâce qui resteront à jamais gravés dans l'inconscient collectif. Que dire de ces pionniers qui ont défriché le cinéma, qui en ont inventé ses ressorts, qui ont conçu son architecture et repoussé les limites de ce que le public pouvait accepter. Que dire de génies tels Georges Méliès, Charlie Chaplin, Orson Welles, Alfred Hitchcock ou Luis Buñuel, si ce n'est qu'ils ont exploré des univers qui leur étaient propres et qu'ils ont pu y laisser s'épanouir tout leur talent et la vision qu'ils avaient de ce nouvel Art.

Ces gens là, sans que cela ne remette en cause leur talent, ont défriché des terres aussi fertiles que vierges. Ils n'ont pas eu à se confronter à un existant et à des règles déjà établies. Ils ont fait les règles et n'ont pas eu à affronter la comparaison avec leurs ainés. Ils sont à jamais les ainés du septième Art et en cela leur tâche s'en est trouvée facilitée. Ces gens-là n'ont pas eu à se frotter à la concurrence, ils se sont contentés de faire puis de rencontrer ou pas, la ferveur du public. Je ne minimise en rien leur génie. Sur les milliers de réalisateurs qui se sont frottés au début du siècle, au jugement du public, très peu sont arrivés à la postérité et encore moins se sont vus affubler du pompeux, mais mérité, titre de génie du cinéma. Ils sont et resteront à jamais des prodiges. Des ainés castrateurs qui auront exploré la quasi-totalité des possibilités cinématographiques et qui auront privé leurs successeurs d'une postérité équivalente.

 

À bien y réfléchir, est-ce que Charlie Chaplin aurait eu la même reconnaissance s'il avait exercé son art au début du 21ème siècle et non pas au début du 20ème ? Aurait-il réussi, sur un terrain défriché depuis plus d'un siècle, à surprendre le public comme il le fit dans les années 20 et 30. Sans que cela remette en question son talent qui est absolu et indéniable, aurait-il seulement pu exister à l'orée de l'An 2000 en tant que l'icône qu'il est ? N'aurait-il pas été reconnu comme un grand réalisateur, comme un grand pourvoyeur d'histoires et de plaisir ? Sans doute si, mais il n'aurait sans doute pas traversé les décennies et sans doute les siècles comme il l'a fait et comme il le fera encore longtemps à n'en pas douter.

 

La question qui s'impose dès lors est fort simple, peut-on encore être élevé au rang de génie du cinéma en ce début de millénaire ? Peut-on réussir à atteindre un tel statut, après que toutes les directions aient été explorées ? Y'a-t-il encore de la place pour un génie ? Est-ce que Woody Allen qui est sans doute un génie lui aussi traversera les époques aussi sûrement que Charlie Chaplin ? Est-ce qu'aujourd'hui, alors que je l'élève au rang d'icône cinématographique, l'ensemble de la population partage ce même sentiment ? Sur Charlie Chaplin, je n'ai que peu de doutes, sur l'incomparable Woody Allen, je n'ai aucune certitude.

 

Je m'interroge seulement sur la possibilité de rencontrer en 2016 un génie qui restera dans la postérité pour les siècles à venir. Les derniers à pouvoir profiter d'un tel piédestal sont ceux qui ont profité de révolutions technologiques. Ce sont ceux qui ont pris en marche le train des effets spéciaux et qui les ont intégrés au cinéma. Ils ont à un moment donné découvert un nouvel espace vierge et l'ont défriché, devenant par là même eux aussi des génies du cinéma. Sans ces effets spéciaux, Georges Lucas, Steven Spielberg ou Ridley Scott auraient sans doute été de grands réalisateurs, mais ils ne seraient pas rentrés dans la postérité du cinéma. Aujourd'hui, alors qu'aucune révolution ne se prépare et qu'aucune terre vierge ne semble se dessiner à l'horizon, peut-on encore envisager que de tels personnages émergent à l'avenir ?

 

Pour tout vous dire et contrairement à ce que cet article pourrait laisser penser, je pense qu'il y a et qu'il y aura encore des génies dans le cinéma à venir. En ce qui me concerne, si l'on me demandait mon avis sur qui pour moi est LE génie absolu du cinéma, je pense que ma réponse en surprendrait plus d'un. Je n'irais pas le chercher dans les débuts du genre, là où sont tous les maîtres du septième Art, mais dans les deux décennies qui viennent de s'écouler. Je choisirais sans hésiter, alors que son genre de film a été visité et revisité dans tous les sens durant plus d'un siècle, un réalisateur et acteur italien dont la poésie, l'humour, l'architecture cinématographique et l'originalité des histoires sont pour moi la preuve absolue de son génie. Je vous dirais que Roberto Benigni est de loin à mon avis, le génie qui n'a pas eu peur de se frotter à ses glorieux ainés et qui bien que tout ait déjà été exploré, a encore réussi à défricher des terres vierges que l'on croyait disparues.

 

Sur l'acteur, je ne dirai rien, il est de ces acteurs d'exception qui plaisent ou déplaisent, mais ne laissent jamais indifférents. Sur le réalisateur, je vous renverrai à des films comiques hilarants (Tu mi turbi, Johnny Stecchino et le Monstre), à un film d'une profonde poésie (le Tigre et la neige) et à un morceau de bravoure de l'histoire du cinéma qui l'a, à jamais, fait entrer dans le panthéon cinématographique : La vie est belle.

 

Je sais à l'avance, ce que certains pourront me rétorquer afin de me prouver le contraire, mais je ne changerai pas d'avis parce que cet immense artiste qu'est Roberto Benigni arrive longtemps après tous les génies, parce que tout ce à quoi il s'est attaqué a déjà été visité et que malgré tout, il a réussi à surprendre, à émerveiller et à bouleverser.

 

Non, les génies du 7ème Art ne sont pas une race disparue ni même en voie d'extinction, ils sont des étoiles qui éclairent les sombres chemins qu'on nous impose souvent et par un optimisme militant,  j'ai la faiblesse de penser qu'elles continueront encore à briller pour très longtemps.

 

 

Un bien vaste sujet à vrai dire et je ne peux apporter ici que le témoignage que je tire de ma propre expérience. Sans aller jusqu’à parler de don, je pense que l’on peut déjà parler de propension. Un écrivain doit donc posséder une propension naturelle à la mixité des mots, des histoires et des mélodies, sans qu’aucun de ces paramètres ne puisse être indissociable l'un de l’autre. 

 

Les mots font des phrases qui doivent résonner d’une certaine manière. Une résonnance que Flaubert éprouvait au Gueuloir. Chacun y cherchera la résonnance qui lui sied le plus, moi, c’est dans la musicalité de l’enchainement de ces mots que je trouve du plaisir et de l’inspiration. Ces mots feront des phrases, qui feront des paragraphes, qui habilleront à leur tour nos histoires.  

 

Chacun aura sa propre manière de créer. Certains commenceront sans savoir où ils vont, d’autres en auront une petite idée, d’autres encore maîtriseront tout, tandis que ceux auxquels j'appartiens  concevront leurs histoires comme des voyages. Des voyages, dont ils connaitront à l’avance chaque étape, mais dont ils ignoreront les moyens leur permettant de  passer de l'une à l'autre, jusqu’à ce qu’ils vivent leurs écrits. 

 

Des manières d’écrire, il y en a mille et une, dont j’ignore sans doute la majeure partie. Je connais la mienne, je l’explore, je l’améliore jour après jour au fil de mes lectures. J'ai bien conscience que les phrases de mes débuts ne sont plus, sans pour autant que je les renie, mes phrases d’aujourd’hui.

Autrefois, j’écrivais grâce à cette propension, puis, les pages se succédant goulument, ma technique s’est affinée, j’ai compris que sans travail cette fameuse propension ne servait pas à grand-chose et qu’avec du travail, elle se magnifiait. Affirmer que l'écriture appelle l'écriture n'est pas une vue de l'esprit. Elle est comme un muscle qu'il convient d'entretenir et de développer.

 

Autrefois je lisais en prenant du plaisir. Aujourd’hui le plaisir est toujours là, mais je me prends très souvent  à en rechercher inconsciemment la cause. Je ne peux m'empêcher de débusquer la manière dont ce plaisir m’a été prodigué.  J’ai ainsi l'intime conviction que je ne peux plus lire en tant qu’auteur comme je le faisais autrefois quand je n'étais que lecteur. Je dissèque inconsciemment les ressorts d'une histoire, je conceptualise les manières de tourner des phrases, afin de mettre à profit une efficacité qui peut me manquer en certaines occasions. Il n'y a aucune honte à avoir, à découvrir les ressorts d’une réussite, afin de pouvoir se les appliquer si cette réussite coïncide avec sa propre vision des choses. Il n’est à mon sens que de cette manière que l’on peut progresser dans son écriture.  Le style d'un écrivain n'est que la résultante de toutes ses influences et du travail qu'il a ensuite fourni, afin de lui donner une existence propre.

 

Si j’ai écrit cette profession de foi littéraire (quelque peu tronquée), c’est parce qu'il y a quelques mois, j'ai fini la réécriture de mon tout premier roman. Une réécriture que j'ai entamée à la suite de la relecture d’un auteur. Un écrivain, dont les écrits m’avaient passionné étant jeune et dont  j’ai finalement réussi à percer les ressorts qui fonctionnaient chez le lecteur que j'étais et que je suis toujours. Admirer n'étant  pas forcément recopier, il n’y a certes chez moi aucun mimétisme avec cet auteur, dans mon écriture, mais certaines lenteurs me sont apparues évidentes dans mes écrits, à l’aune de ces textes que je dévorais, alors que je les relisais.

La copie est certes à proscrire, elle est la négation même de la création, mais l’influence est nécessaire. Les influences, devrais-je même écrire, car si les influences littéraires sont nécessaires au-delà de tout, les influences de la vie le sont toutes autant. Tout ce parcours qui est propre à chacun et qui jour après jour façonne ce que nous sommes. Tout ce parcours qui fait de nous, malgré les influences de tel ou tel, des personnes uniques.

 

Réécrire un livre n’est pas chose facile, cela demande parfois des sacrifices intellectuels, mais le résultat est la hauteur de l’effort. Certains diront qu’avec une telle manière de faire, on n’en finirait plus de réécrire un même livre, mais c’est une idée que je réfute. Je ne toucherai  plus aux livres que j’ai réécrits. C'est à la suite de la réécriture de "Sept jours dans le temps" que j'ai pris la décision de l'éditer. C’est parce que j’ai jugé qu’il était enfin ce que j’attendais de lui que je l'ai livré au public. 

 

J’écris aujourd’hui, à peu de choses près, ce que le lecteur en moi aspire à lire. Cela est le fruit de quarante-six années de lectures, d’écritures, d’influences et de passions, qui font que je suis aujourd’hui fier de ce que je propose aux lecteurs tout en considérant cependant, que le meilleur est à venir.

 

Nicolas Nasica.

 

Bulletin d'information